Préparer sa retraite en tant qu’entrepreneur : quelles options d’épargne ?
Temps de lecture : 12 minutes
Vous avez construit votre entreprise pierre par pierre, mais avez-vous pensé à bâtir votre propre sécurité financière pour demain ? La retraite des entrepreneurs reste l’un des angles morts les plus critiques de la vie professionnelle indépendante.
Voici la réalité : 45% des entrepreneurs français ne se versent aucune épargne retraite complémentaire, selon une étude OpinionWay de 2023. Pendant qu’ils investissent dans leur activité, leur futur financier reste en suspens.
Bien, parlons franchement : préparer sa retraite quand on est entrepreneur n’est pas un luxe—c’est une stratégie de survie à long terme. Et contrairement aux idées reçues, vous disposez d’options puissantes, souvent plus avantageuses fiscalement que les solutions des salariés.
Table des matières
- Comprendre votre situation de départ
- Les dispositifs d’épargne retraite dédiés
- Stratégies d’optimisation fiscale
- Les erreurs fréquentes à éviter
- Cas pratiques selon votre profil
- Questions fréquentes
- Votre plan d’action personnalisé
Comprendre votre situation de départ : où en êtes-vous vraiment ?
Imaginez Sophie, consultante freelance de 38 ans. Revenue dans son espace client de la Sécurité sociale pour les indépendants, elle découvre qu’à ce rythme, sa pension représentera moins de 40% de ses revenus actuels. Le choc.
Cette situation n’est pas exceptionnelle. Elle illustre une réalité méconnue : le système de retraite obligatoire des entrepreneurs génère des pensions nettement inférieures à celles des salariés.
Le régime obligatoire : une base fragile
Depuis 2020, tous les travailleurs indépendants relèvent de la Sécurité sociale pour les indépendants (anciennement RSI). Vos cotisations obligatoires se décomposent ainsi :
- Retraite de base : 17,75% dans la limite du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), soit 46 368€ en 2025
- Retraite complémentaire : 7% jusqu’au PASS, puis 8% entre 1 et 4 PASS
- Invalidité-décès : 1,3%
Au total, environ 26% de cotisations sur vos revenus professionnels. Mais attention : ces taux génèrent des droits limités. Pour valider une année complète, vous devez déclarer un revenu minimum de 7 103€ en 2025.
Le déficit de pension : un calcul révélateur
Prenons un exemple concret. Jean, architecte indépendant, gagne 60 000€ par an. Ses cotisations retraite obligatoires s’élèvent à environ 15 600€ annuels. À la retraite, après 42 années de cotisation, il peut espérer une pension brute d’environ 2 100€ par mois, soit une baisse de revenu de 65%.
Ce “trou” dans votre future capacité financière nécessite une stratégie d’épargne complémentaire. Mais combien mettre de côté ?
Règle pratique : Pour maintenir votre niveau de vie, visez un taux d’épargne retraite complémentaire de 10 à 15% de vos revenus nets, à ajuster selon votre âge de démarrage et vos objectifs.
Les dispositifs d’épargne retraite dédiés aux entrepreneurs
Passons aux solutions concrètes. Vous disposez d’un arsenal d’outils spécifiquement conçus pour votre statut, avec des avantages fiscaux considérables.
Le PER individuel : la solution universelle et flexible
Depuis la loi PACTE de 2019, le Plan d’Épargne Retraite (PER) a remplacé les anciens contrats Madelin, PERP et autres dispositifs. C’est désormais l’outil de référence pour tous les entrepreneurs.
Fonctionnement : Vous versez des sommes déductibles de votre revenu imposable, dans la limite d’un plafond annuel. Ces sommes sont investies sur des supports financiers (fonds euros, unités de compte) et récupérables à la retraite.
Plafond de déduction pour 2025 :
- Pour les TNS (travailleurs non-salariés) : 10% des bénéfices imposables, avec un minimum de 4 637€ et un maximum de 85 780€
- Possibilité de reporter pendant 3 ans les plafonds non utilisés
Exemple de gain fiscal : Si vous êtes imposé à 41% (TMI), un versement de 10 000€ sur un PER vous fait économiser 4 100€ d’impôt immédiatement, plus les prélèvements sociaux.
Le contrat Madelin (ancien régime en extinction)
Si vous avez souscrit un contrat Madelin avant octobre 2019, vous pouvez le conserver ou le transformer en PER. Les anciens Madelin offraient des plafonds similaires mais moins de flexibilité à la sortie.
Particularité : Les contrats Madelin imposent une sortie en rente viagère uniquement (à 80% minimum), tandis que le PER permet une sortie en capital.
Le PER collectif d’entreprise : quand votre structure grandit
Si vous avez constitué une société (SARL, SAS, SASU) et embauché des salariés, vous pouvez mettre en place un PER collectif (PERECO) ou obligatoire (PERO).
Avantages doubles :
- Vos versements et ceux de l’entreprise sont déductibles
- Effet motivant pour vos équipes avec un co-financement employeur
- Exonération de charges sociales (dans certaines limites)
L’assurance-vie : l’outsider polyvalent
Bien que non spécifiquement dédiée à la retraite, l’assurance-vie reste un complément stratégique :
- Liquidité totale : récupération possible à tout moment
- Fiscalité avantageuse après 8 ans de détention (abattement de 4 600€/an pour une personne seule)
- Transmission optimisée : 152 500€ transmissibles par bénéficiaire hors droits de succession
L’assurance-vie fonctionne comme un “matelas de sécurité” accessible avant la retraite, contrairement au PER qui bloque vos fonds (sauf cas de déblocage anticipé).
Comparaison visuelle des dispositifs
Niveau de déductibilité fiscale par dispositif
Stratégies d’optimisation fiscale : maximiser chaque euro
Maintenant que vous connaissez les outils, parlons stratégie. Comment transformer ces dispositifs en véritables leviers de performance financière ?
La technique du “sandwich fiscal”
Cette approche combine plusieurs enveloppes pour optimiser à la fois la fiscalité immédiate et la flexibilité future :
1. Base PER (60-70% de l’épargne retraite) : Maximisez la déduction fiscale sur vos années de hauts revenus
2. Complément assurance-vie (20-30%) : Gardez une poche liquide et transmissible
3. Investissement immobilier locatif (optionnel) : Génération de revenus complémentaires défiscalisés via l’amortissement
Cas réel : Marc, consultant IT, gagne 80 000€/an avec une TMI à 41%. Il verse :
- 12 000€ sur son PER → économie fiscale de 4 920€ + 1 800€ de prélèvements sociaux = 6 720€ d’économie
- 4 000€ sur une assurance-vie → capital disponible en cas de coup dur
- Investit dans un studio locatif générant 500€/mois de revenus complémentaires futurs
Le timing stratégique des versements
Tous les euros ne se valent pas selon le moment où vous les versez. Voici comment optimiser :
Années de hauts revenus : Versements maximaux sur PER pour réduire l’assiette imposable
Années de revenus modérés : Privilégiez l’assurance-vie ou les supports non déductibles
Dernières années avant la retraite : Continuez le PER mais commencez à diversifier vers des supports plus liquides
⚠️ Attention piège : Ne versez pas sur un PER une année où vous êtes faiblement imposé (TMI 11% ou moins). L’économie fiscale serait minime mais vous bloquez vos fonds jusqu’à la retraite.
L’arbitrage entre rémunération et optimisation retraite
Pour les entrepreneurs en société, une question cruciale se pose : dividendes ou salaire ?
| Critère | Salaire | Dividendes |
|---|---|---|
| Cotisations retraite | ✅ Génèrent des droits | ❌ Aucun droit |
| Charges sociales | ~45% (incluant patronales) | 17,2% (flat tax) |
| Déduction PER | ✅ Plafonds plus élevés | ❌ Limités |
| Flexibilité | Moins flexible | Plus flexible |
| Stratégie optimale | Base jusqu’à 1 PASS minimum | Complément au-delà |
Stratégie recommandée : Versez-vous un salaire correspondant à au moins 1 PASS (46 368€ en 2025) pour optimiser vos droits retraite obligatoires, puis complétez par dividendes et versements volontaires sur PER.
Les erreurs fréquentes à éviter : les pièges qui coûtent cher
Erreur n°1 : Négliger la retraite pendant les premières années
Caroline a lancé son activité de graphiste à 28 ans. Concentrée sur le développement de sa clientèle, elle n’a commencé à épargner pour sa retraite qu’à 42 ans. Résultat : elle devra épargner 2,5 fois plus pour atteindre le même capital qu’en démarrant à 30 ans, grâce aux intérêts composés perdus.
La règle d’or : même 100€ par mois dès le départ valent mieux qu’un gros effort tardif. À 5% de rendement annuel moyen, 100€/mois pendant 35 ans = 111 400€. Les mêmes versements sur 20 ans = 41 100€.
Erreur n°2 : Tout miser sur le PER sans liquidité de secours
Le PER bloque vos fonds jusqu’à la retraite (sauf 6 cas de déblocage anticipé : décès, invalidité, expiration des droits au chômage, surendettement, achat de résidence principale, cessation d’activité non salariée).
Thierry, entrepreneur dans le BTP, a versé 40 000€ sur son PER en 3 ans. Quand son activité a ralenti brutalement, impossible d’y toucher pour faire face aux difficultés de trésorerie. Il a dû contracter un prêt personnel à taux élevé.
Règle de sécurité : Constituez d’abord une épargne de précaution de 6 mois de charges sur un support liquide (Livret A, assurance-vie) avant de maximiser vos versements PER.
Erreur n°3 : Ignorer la gestion des supports d’investissement
Votre PER ou assurance-vie n’est qu’une enveloppe. La performance dépend des supports choisis à l’intérieur. Trop d’entrepreneurs laissent leur épargne sur le fonds euros sécurisé à 2% alors qu’ils ont 25 ans devant eux.
Allocation recommandée selon l’âge :
- Avant 45 ans : 70-80% en unités de compte (actions, diversifié)
- 45-55 ans : 50-60% en unités de compte
- 55-60 ans : 30-40% en unités de compte
- Après 60 ans : Sécurisation progressive sur fonds euros
Cas pratiques selon votre profil d’entrepreneur
Profil A : Le jeune entrepreneur (25-35 ans, revenus variables)
Situation : Léa, 31 ans, développeuse freelance, revenus entre 35 000€ et 55 000€ selon les années.
Stratégie adaptée :
- Épargne de précaution : 10 000€ sur Livret A + 5 000€ sur LDDS
- PER avec versements programmés : 200€/mois (flexibles selon les revenus)
- Versements exceptionnels sur PER les bonnes années (3 000-5 000€)
- Assurance-vie pour projets moyen terme : 150€/mois
- Allocation : 80% unités de compte diversifiées
Résultat projeté à 67 ans : Capital PER estimé à 320 000€ (avec rendement moyen de 5%)
Profil B : L’entrepreneur confirmé (40-50 ans, revenus élevés)
Situation : Patrick, 46 ans, consultant expert, EURL, revenus 95 000€/an.
Stratégie adaptée :
- Salaire de gérance : 50 000€ (optimisation cotisations)
- Dividendes : 30 000€
- Versement PER maximal : 15 000€/an (forte économie fiscale à TMI 41%)
- Assurance-vie : 10 000€/an pour transmission
- Investissement locatif : studio générant 450€/mois
- Allocation PER : 60% unités de compte, début de sécurisation
Économie fiscale annuelle : Environ 7 650€ (impôts + prélèvements sociaux)
Profil C : Le proche de la retraite (55-65 ans)
Situation : Françoise, 58 ans, commerçante, prévoit de partir à 65 ans, capital actuel 180 000€.
Stratégie de sécurisation :
- Maintien versements PER : 8 000€/an jusqu’à 65 ans
- Bascule progressive vers fonds euros : -10% unités de compte par an
- Anticipation de la fiscalité de sortie : simulation rente vs capital
- Préparation stratégie de retrait : étalement sur plusieurs années pour optimiser l’imposition
- Assurance-vie conservée pour transmission et liquidité
Conseil spécifique : À 7 ans de la retraite, simulez votre pension avec un conseiller. Ajustez vos derniers versements en fonction du gap identifié.
Questions fréquentes
Puis-je récupérer mon argent du PER en cas de difficultés financières ?
Oui, mais uniquement dans 6 situations définies par la loi : décès du conjoint/partenaire de PACS, invalidité (vous ou votre conjoint/enfants), expiration de vos droits au chômage, surendettement, achat de votre résidence principale, ou cessation de votre activité non salariée suite à liquidation judiciaire. En dehors de ces cas, votre épargne reste bloquée jusqu’à la retraite. C’est pourquoi il est crucial de maintenir parallèlement une épargne de précaution liquide sur une assurance-vie ou un livret réglementé.
Vaut-il mieux sortir en capital ou en rente à la retraite ?
Cela dépend de votre situation patrimoniale et de vos besoins. La sortie en capital (100% possible avec le PER) vous donne flexibilité et possibilité de transmission, mais nécessite une gestion active. Elle est fiscalisée selon le barème progressif de l’impôt avec un abattement de 10%. La rente viagère garantit un revenu à vie sans souci de gestion, mais ne se transmet pas et est fiscalisée différemment (fraction imposable selon l’âge de départ). Pour la plupart des entrepreneurs, une solution hybride (30% capital + 70% rente) offre le meilleur équilibre entre sécurité et flexibilité.
Comment choisir entre PER et assurance-vie pour ma retraite ?
Ces deux outils sont complémentaires, pas concurrents. Privilégiez le PER si : vous avez une TMI élevée (30% ou plus), vous êtes certain de ne pas avoir besoin de ces fonds avant la retraite, et vous cherchez à maximiser la déduction fiscale immédiate. Privilégiez l’assurance-vie si : vous voulez garder une liquidité totale, vous prévoyez de transmettre un patrimoine de votre vivant, ou vous avez déjà une forte TMI mais des revenus irréguliers. L’idéal : 60-70% de votre épargne retraite sur PER pour l’efficacité fiscale, 30-40% sur assurance-vie pour la souplesse.
Votre plan d’action personnalisé : par où commencer dès aujourd’hui ?
Vous avez maintenant toutes les cartes en main. Mais la connaissance sans action reste stérile. Voici votre roadmap opérationnelle en 5 étapes concrètes :
Étape 1 (Cette semaine) : Évaluez votre situation actuelle
- Connectez-vous à votre espace personnel sur info-retraite.fr pour connaître vos droits acquis
- Calculez votre “trou de pension” : écart entre vos revenus actuels et votre future pension estimée
- Listez votre épargne existante et son allocation
Étape 2 (Dans les 15 jours) : Définissez votre capacité d’épargne
- Analysez vos flux de trésorerie mensuels sur les 12 derniers mois
- Fixez un montant d’épargne mensuelle réaliste (commencez petit : 5-10% de vos revenus)
- Constituez ou complétez votre épargne de précaution à 3-6 mois de charges
Étape 3 (Dans le mois) : Ouvrez vos enveloppes d’épargne
- Comparez 3 offres de PER individuel (regardez les frais de gestion, la variété des supports, la qualité de l’interface)
- Si pertinent, ouvrez une assurance-vie en complément
- Programmez vos versements automatiques pour éviter la procrastination
Étape 4 (Chaque trimestre) : Optimisez votre stratégie
- Revoyez votre allocation d’actifs selon l’évolution des marchés et de votre âge
- Ajustez vos versements selon vos revenus (versements exceptionnels les bonnes années)
- Exploitez vos plafonds fiscaux non utilisés
Étape 5 (Annuellement) : Faites le point avec un professionnel
- Bilan patrimonial complet avec un CGP (Conseiller en Gestion de Patrimoine) indépendant
- Simulation actualisée de votre retraite
- Ajustement de votre stratégie selon l’évolution fiscale et votre situation personnelle
✅ Point de départ immédiat : Avant de fermer cet article, bloquez 30 minutes dans votre agenda cette semaine avec la mention “Audit retraite”. C’est le premier pas concret qui transforme l’intention en action.
La retraite de vos rêves—celle où vous profitez du fruit de vos efforts sans contrainte financière—ne se construit pas au hasard. Elle se prépare, se structure, s’optimise. Vous avez bâti votre entreprise avec méthode et persévérance. Votre sécurité financière future mérite la même attention stratégique.
Les entrepreneurs qui réussissent leur retraite ont un point commun : ils ont commencé tôt, avec peu, mais avec constance. Ils ont compris qu’un petit effort régulier aujourd’hui valait mieux qu’un sacrifice impossible demain.
Alors, quelle décision concrète allez-vous prendre dans les 48 prochaines heures pour sécuriser votre futur financier ?

Article révisé par Isabelle Moreau, Architecte de la gouvernance et de la succession des family offices, le November 13, 2025